Il est désormais banal de dire, que pour un professionnel de la relation
d'aide, la supervision est indispensable. Pour un psychothérapeute, elle fait
partie de sa déontologie et de sa pratique. Mais qu'est-ce que la supervision ?
Quel est son but et quelle est son utilité ? Il me semble que ce mot de "supervision"
ne donne pas une idée exacte de la réalité, du moins s'il est compris dans un
sens courant, qui implique une idée de contrôle et de supériorité.
La supervision n'est pas une évaluation. Le superviseur ne se situe pas "au-dessus"
du professionnel. Il s'offre simplement, avec son authenticité et son expérience,
comme une personne ressource que le professionnel peut utiliser.
La supervision n'est pas une étude de cas. Ce n'est pas l'objectivité qui est
développée. Le superviseur ne connaît pas l'objectivité concrète des difficultés
et des questions décrites par le professionnel. Il accède seulement aux
représentations et aux ressentis de celui-ci : il travaille avec la subjectivité
du professionnel qui parle de la situation relationnelle telle qu'il l'a perçue
et ressentie. Le professionnel s'offre au travail de reprise avec sa subjectivité
pleinement assumée. Et c'est bien avec la qualité de sa subjectivité, transformée
par le processus de supervision, qu'il continuera d'assumer la relation d'aide
avec son "client".
Car la supervision est un processus, du moins la supervision telle que je la
comprends et la pratique dans l'Approche Centrée sur la Personne. C'est un
processus de recherche où cheminent ensemble le professionnel et le superviseur.
Lorsque ce cheminement se fait en groupe, ce qui pour moi est une richesse
supplémentaire, chaque membre du groupe participe au processus et peut en retirer
des éléments de réflexion et de réponse, même s'il n'a pas exposé sa situation.
Qu'est-ce qui se cherche ? Peut-être d'abord un nouveau regard permis par la
distance que donne le fait d'exposer une difficulté avec un certain recul et
avec l'aide des autres. Une compréhension à la fois plus globale et plus précise,
émerge. La compréhension globale situe les différents éléments en un ensemble
cohérent qui donne sens. La compréhension précise favorise le contact avec un
aspect particulier que l'on n'avait pas saisi de cette façon, ou avec le
déroulement du processus chez le client.
A partir de cette nouvelle compréhension, la plupart du temps, se découvre non
pas une solution, mais une ouverture, une piste d'acceptation ou d'intervention
à explorer. Le professionnel repartira avec de nouvelles potentialités, de
nouvelles manières d'être avec son client : authentique, acceptant et empathique.
Dans le processus de supervision partagé avec le groupe et le superviseur,
chaque professionnel rencontre ainsi l'opportunité d'améliorer sa qualité d'être
en tant que professionnel et en tant que personne.
Le mot supervision prend alors un autre sens qui s'éloigne du sens courant, mais
se rapproche des mots qui le composent : vision : vue, regard, voir ... et super :
au-dessus, au-delà ..., suggérant la recherche d'une vision différente, d'un
regard au-delà de la situation extérieure immédiate, vers un regard plus précis,
plus profond, plus global, plus intérieur, plus créateur et plus serein.
Josette Lesieur
| Mise à jour : Dimanche 16 Décembre 2007 |
Copyright : L'usage des informations du site relève de la
responsabilité du lecteur, invité à assumer sa liberté de conscience.
Responsable du site : Josette LESIEUR